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stimuler le désir sexuel, tout est une question de motivation (ou presque)

Dernière mise à jour : 20 janv.


Je me réjouis que les sexologues soient de plus en plus présents dans les médias et je tiens à remercier chaleureusement Mme Gil Waeger pour ses questions et sa curiosité sur le manque de désir sexuel. L'interview a donné lieu à un article pour le magazine en ligne Femelle. Si vous souhaitez lire le résumé de l'interview en allemand, vous pouvez lire l'article en ligne, sinon, vous trouverez ci-dessous une explication détaillée sur le manque d'appétit sexuel et ce que vous pouvez faire pour stimuler votre désir.


Gil Waeger : Quelles sont les raisons possibles de l'inappétence sexuelle ? Y a-t-il des différences entre les femmes et les hommes en ce qui concerne le manque de désir sexuel ? Si oui, lesquelles ?

Au lieu de s'inquiéter des raisons possibles du manque d'appétit sexuel, chacun devrait d'abord réfléchir à ce dont il/elle a envie. C'est difficile pour beaucoup de gens, mais il est très important de faire la différence à ce stade : Est-ce que je ne suis pas fondamentalement intéressé(e) par le sexe ? Ou est-ce que j'ai envie d'auto-érotisme mais pas de relations sexuelles en couple ? Est-ce que j'ai envie de tendresse mais pas de sexe ? Ou ai-je du désir mais pas avec mon/ma partenaire ? Et plus fondamentalement : est-ce que j'ai déjà ressenti du désir ou ai-je perdu tout intéret pour la sexualité ?


Lorsque je demande à un couple pourquoi ils ne font plus p'amour, ils évoquent souvent l'ennui, la routine sexuelle, le stress, la fatigue, les conflits relationnels, des angoisses ou même de la honte. Mais derrière cela se cache souvent un manque de motivation. Pourquoi ai-je des rapports sexuels ? Et il ne suffit justement pas de répondre à cette question une fois dans sa vie, car la motivation pour les activités sexuelles change constamment avec l'âge et au cours des différentes phases d'une relation de couple.

D'un point de vue biopsychologique, les causes du manque de désir sont très similaires entre les hommes et les femmes :

  • Surcharge physique et mentale, stress, fatigue

  • effets secondaires d'antidépresseurs, de neuroleptiques ou d'autres médicaments, ainsi qu'une consommation excessive de drogues ou d'alcool

  • maladies telles que le diabète, les maladies cardiaques ou les maladies neurologiques

  • insatisfaction avec la vie en général

  • conflit avec sa propre orientation sexuelle

  • problèmes liés à l'image de son propre corps et à la modification de celui-ci (p. ex. vieillissement)

  • expériences sexuelles négatives et/ou douloureuses

  • manque d'intimité, aliénation, peur de l'engagement ainsi qu'attentes élevées vis-à-vis de la relation

  • conflits de couple (à cause des finances, de l'éducation des enfants, des membres de la famille, de la répartition des tâches)

  • institutionnalisation de la relation et de la sexualité (routine sexuelle, voire ennui)


Il existe néanmoins quelques différences spécifiques en fonction du genre. Alors que le manque de désir peut être causé par un manque de testostérone chez les hommes, les femmes souffrent plus souvent de changements hormonaux et physiques liés à la grossesse, à l'allaitement ou à la ménopause (p. ex. manque de lubrification). Des troubles de la sensibilité et des troubles urologiques (p. ex. incontinence) peuvent survenir en raison de blessures à la naissance. L'absence ou la diminution de la capacité à ressentir et à reconnaître les signaux physiques de l'excitation sexuelle et à les vivre avec plaisir peut renforcer l'absence ou le manque de désir. Un autre aspect, en particulier chez les jeunes parents, ce sont les stéréotypes de genre et des rôles façonnés par la société, comme par exemple l'image de la mère aimante et tendre, mais sans aucune connation sexuelle.


De plus, le plaisir féminin a longtemps été ignoré par la science et l'appareil génital a été réduit à sa fonction reproductive. Ce n'est que depuis quelques décennies que l'étude du plaisir et du manque de désir féminin est à l'ordre du jour et je suis heureuse d'annoncer que le clitoris, avec ses 10 000 fibres nerveuses, est l'organe du plaisir féminin beaucoup plus sensible que le gland du pénis. Malheureusement il est souvent oublié dans les rapports pénétratifs.

Les causes possibles de l'absence ou du manque de désir chez les hommes sont dans l'ensemble aussi variées que chez les femmes, y compris en ce qui concerne les causes hormonales (p. ex. manque de testostérone). Le stress et les problèmes relationnels sont également des causes fréquemment citées. Toutefois, les hommes sont encore plus sensibles à la pression de la performance et à la peur de l'échec qui y est liée, ce qui peut conduire à un manque de désir sexuel finalement. Dans mon cabinet, le manque de désir sexuel chez les hommes est principalement dû à des causes psychosociales. La sexualité masculine se concentre sur la fonctionnalité du pénis : "il est en érection, donc je suis". Mais souvent, les hommes ne savent pas ce qui les excite exactement et ont besoin de stimuli toujours plus intenses, précisément pour pouvoir répondre aux normes sociales et aux attentes irréalistes de l'obsession de la puissance et des orgasmes multiples. Cette pression est encore plus forte chez les hommes homosexuels et peut même conduire à la consommation de drogues sexualisées et au chemsex. Il en résulte surtout une forte pression de performance ainsi qu'une profonde peur de l'échec sexuel, c'est-à-dire un doute sur ses propres capacités. Je remarque aussi que les jeunes hommes hétérosexuels sont très inquiets depuis le mouvement Metoo. Par peur que les femmes se sentent harcelées ou agressées, ils n'osent en effet plus aborder les femmes.


Gil Waeger : Beaucoup de gens se demandent ce qu'est une libido normale. Mais cela existe-t-il vraiment ? N'est-ce pas plutôt que chaque personne vit sa propre sexualité différemment et a aussi des envies différentes d'activités sexuelles ?

Sur ce point, vous avez raison. En matière de sexualité et de désir sexuel, il n'y a pas de normalité. En fait, de nombreux clients me posent la question de la "normalité". Chaque fois, je cite alors de manière un peu provocante un professeur de mon master en disant : "La normalité est la plus grande perversité !" Au lieu de déterminer nous-mêmes notre sexualité et notre relation, nous cherchons des modèles, des exemples à suivre, des normes, etc. Or, ceux qui veulent absolument entrer dans un cadre se rendent souvent malheureux. Il est préférable de se demander : "Qu'est-ce que je veux ? Qu'est-ce qui me fait du bien ? Quelle est ma représentation de la sexuaité" et "Comment est-ce que toi (mon/ma partenaire), tu représentes ta sexualité pour toi ?" Souvent, cette étape importante manque dans les relations. Tout le monde a des attentes sur la manière dont le sexe devrait se dérouler, mais on n'en parle pas. Il y a alors des malentendus, de la frustration et de la colère, et aucune trace de désir, d'amour et d'engagement.


Chaque personne est différente en ce qui concerne son comportement, ses désirs et ses besoins sexuels. Ce qui est considéré comme une libido "normale" pour l'un est inimaginable pour l'autre et alors que certaines personnes ont un désir sexuel élevé et sont souvent actives sexuellement, d'autres ont au contraire un faible appétit sexuel. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de vivre sa sexualité. L'essentiel est de se comprendre soi-même et sa propre sexualité, de l'accepter et de parler ouvertement et honnêtement avec son/sa partenaire de ses propres désirs et limites sexuels.


J'ai déjà mentionné plus haut que le désir sexuel est lié à certaines intentions pour avoir des relations sexuelles. Cette motivation sexuelle peut être catégorisée en 3 dimensions différentes, qui non seulement varient d'une personne à l'autre, mais qui évoluent également au cours de la vie : la dimension du plaisir, du lien affectif et de la reproduction. La dimension du plaisir est liée à la recherche du plaisir sexuel, à la curiosité et au plaisir de l'expérimentation sexuelle. La dimension relationnelle est plutôt liée à l'expression des sentiments, afin de satisfaire les besoins émotionnels et physiques d'intimité, de sécurité, d'affirmation et d'amour, et de créer des liens, de la stabilité et de la continuité dans la relation de couple. Si un ou plusieurs enfants font partis des projets de vie, la procréation est une bonne raison pour les couples hétérosexuels d'avoir des relations sexuelles. Et ensuite ?


Il est important de se poser des questions : Quels sont les besoins que je veux satisfaire en ce moment par le biais du sexe ? Est-ce que je veux évacuer le stress et me détendre ? Est-ce que je cherche simplement à être proche de mon/ma partenaire ? Nous sommes-nous disputés et voulons nous réconcilier sur l'oreiller ? Ai-je besoin d'une confirmation de mon attractivité ou de mes capacités sexuelles pour me sentir homme/femme ? Est-ce que je cherche à fusionner avec mon/ma partenaire ? Est-ce que je veux simplement m'amuser ? Est-ce que nous souhaitons avoir un enfant ? Est-ce que j'ai des relations sexuelles parce que j'ai peur de perdre mon/ma partenaire ?

Toutes ces motivations sont légitimes pour avoir des relations sexuelles. Et oui, il est aussi possible et normal de ne pas avoir envie de faire l'amour.


Gil Waeger : Que peut-on faire contre le manque de libido ? Y a-t-il vraiment quelque chose à faire pour y remédier ?

La plupart des gens attendent le retour du désir. On a l'impression qu'ils ont perdu quelque chose. Pourtant, la plupart d'entre eux ne savent pas ce qui a éveillé ce désir auparavant. Le désir, tout comme la joie de vivre, ne naît pas tout seul. Il faut être actif ! Attendre passivement que l'envie revienne ne sert à rien.


La plupart des personnes qui viennent dans mon cabinet n'ont plus ou presque plus de relations sexuelles, souvent parce qu'elles ont mieux à faire. Qu'il s'agisse du travail, de la famille, des amis ou des hobbies, la sexualité n'a plus guère de place dans la vie personnelle ou dans la relation. C'est pourquoi il est important, dans un premier temps, de redonner la priorité à la sexualité dans sa vie !


J'entends souvent des couples dire qu'ils ne veulent pas "importuner" ou "harceler" leur partenaire avec leurs "pulsions" sexuelles. Beaucoup espèrent que l'érotisme et l'envie sexuelle sexuelle naîtra spontanément et que les deux auront envie de faire l'amour en même temps. Mais honnêtement, cela arrive rarement.


Très concrètement, la recherche montre que l'excitation et le désir sexuels sont déclenchés par des stimuli internes et externes. C'est pourquoi des rituels ou des rendez-vous sexuels programmés avec le/la partenaire aident à lutter contre la baisse de libido. Si l'on parvient à (re)trouver un accès plaisant à sa propre sexualité, des "cercles vertueux" se renforcent d'eux-mêmes. Cela signifie qu'une expérience positive et plaisante est une source de motivation pour d'autres expériences sexuelles, car le seul souvenir de cette même expérience peut déclencher l'excitation sexuelle.

Au lieu d'attendre le désir et l'excitation sexuelle, je peux donc déclencher une réaction sexuelle par des fantasmes sexuels, des souvenirs, des pensées anticipatrices, des sensations corporelles et des émotions. Cela présuppose toutefois un état de bien-être général. Pour cela, il est parfois utile de modifier son mode de vie, par exemple en faisant régulièrement du sport, en mangeant sainement, en dormant suffisamment et en réduisant le stress.


Gil Waeger : On lit souvent sur Internet des remèdes contre le manque désir sexuel. Est-il possible d'y remédier avec des potions maison ? Ou est-ce que les aliments aphrodisiaques augmentent simplement le désir déjà existant ? S'il y en a : Pourquoi sont-ils utiles et quels sont les exemples ?

Le remède miracle pour le désir sexuel n'existe malheureusement pas. Cela s'explique par le fait que le désir sexuel est une construction très individuelle, complexe et situationnelle. Il est sans doute possible que certains aliments "aphrodisiaques" augmentent le désir sexuel dans certains cas, mais je pense que le chocolat, les fraises, le piment, les huîtres et le champagne sont plus liés à notre conception de l'érotisme et du romantisme qu'ils ne déclenchent réellement le désir sexuel. Pour autant que je sache, il n'existe guère d'études scientifiques sur l'efficacité de recette maison ou de produits alimentaires, il est donc difficile d'affirmer avec certitude s'ils sont efficaces. Même les traitements médicamenteux contre le manque de désir ne montrent pas de succès fiables et convaincants en raison de la complexité biochimique de chaque être humain. De nombreuses personnes pensent également que la prise de Viagra peut aider à lutter contre le manque de désir. Ils se trompent complètement ! Le Viagra favorise uniquement la vasoconjection, c'est-à-dire à alimenter le pénis en sang pour l'érection. Sans stimulation, le réflexe d'excitation et l'érection ne peuvent toutefois pas être déclenchés. Le Viagra n'a donc rien à voir avec le désir sexuel et la perception du plaisir dans l'excitation sexuelle.


Le meilleur remède naturel et le meilleur médicament que je puisse recommander, c'est le sexe ! En effet, celui/celle qui vit la masturbation ou la sexualité de couple avec beaucoup de plaisir et en pleine conscience se fabrique un cocktail d'hormones du bonheur. De nombreux neurotransmetteurs et hormones tels que la dopamine, l'ocytocine, la sérotonine, la noradrénaline, la mélatonine et l'endorphine sont libérés dans notre organisme lors d'une activité physique, d'un contact physique ou d'un orgasme et produisent un super booster de détente, de satisfaction, de sentiment de bonheur et de bien-être.

L'ocytocine est libérée lors de l'orgasme, mais aussi lors de contacts quotidiens plus banals, d'où l'importance des contacts physiques tels que se tenir la main, s'embrasser, se prendre dans les bras ou même se regarder dans les yeux. Ils renforcent le sentiment d'attachement, de bien-être et de tranquillité.


Gil Waeger : Pour les personnes en couple, la perte ou le manque de désir peut être oppressante. Comment gérer le manque de désir sexuel dans une relation ?

Oui, il arrive souvent que le/la partenaire se sente rejeté(e) et plus aimé(e). On pourrait parler d'une blessure narcissique. Cela s'explique simplement par le fait que le sexe est à la fois sous-estimé et surestimé dans une relation. Beaucoup de gens réduisent l'expérience sexuelle à la pénétration et à l'orgasme. En réalité, l'éventail des possibilités en matière d'expériences sexuelles est bien plus large. Il est donc souvent bon de commencer par se débarrasser des idées reçues.


Ensuite, il faut une discussion ouverte et honnête sur les besoins et les désirs sexuels, accompagnée de la volonté d'expérimenter seul.e ou avec le/la partenaire. Cela permet d'apprendre à connaître d'autres facettes de soi-même et de son/sa partenaire et de découvrir ainsi de nouvelles voies vers une sexualité non seulement satisfaisante, mais épanouissante, jouissive et variée.


Mais il est également important de mentionner que si le manque de désir est lié à une souffrance, les personnes devraient chercher de l'aide auprès d'un spécialiste. Dans ce cadre, il est possible d'élaborer progressivement et avec un accompagnement individuel une sexualité épanouissante.


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