La parentalité sexopositive ou pourquoi il est important de parler de sexualité avec ses enfants ?

Dernière mise à jour : 8 mars


Merci à FranZine, le podcast des expatrié.e.s francophones en Suisse, de m’avoir invitée à parler d’un sujet qui fait partie de notre vie à tous.tes, mais qui n’est généralement pas discuté ouvertement. Cette interview qui sortira courant février m’a inspiré cet article qui j’espère apportera non seulement des réponses à vos questions, mais aussi vous donnera le courage de parler de sexualité avec vos enfants. Beaucoup d’idées reçues, de mythes, de mystères, de tabous et de croyance circulent en la matière. Notamment que l’éducation sexuelle peut attendre la puberté pour être abordée. C’est une grave erreur !


Les questions récurrentes que me posent les parents sont « comment protéger mon enfant de la pornographie ? » ou encore « comment protéger mon enfant des prédateurs sexuels ? ». Moi, ce que j’aimerais entendre, ce serait plutôt « Comment puis-je accompagner mon enfant à construire une relation saine avec lui/elle-même et avec les autres ? » ou bien « comment puis-je accompagner mon enfant dans son développement sexuel ? »


Concernant les violences sexuelles, il me semble important de rappeler que les auteurs d’abus sexuels nous sont plus familiers que dans notre imaginaire collectif. En effet, il faut savoir que les agressions commises par des inconnu.e.s sont plutôt rares. En cas de viols par exemple, l’agresseur est connu de la victime dans 91% des cas (dans 47 % des cas, c’est le conjoint ou l’ex-compagnon[1]). En ce qui concerne les abus sexuels sur mineurs, l’auteur est dans 68% un membre de la sphère familiale ou de l’entourage proche de la victime, c’est-à-dire une personne dans une position d’autorité et de confiance vis-à-vis de l’enfant. Les filles sont davantage concernées que les garçons (3 victimes sur 4 sont des filles dont 1 sur 2 est âgée de moins de 10 ans. Chez les garçons, 2/3 des victimes ont moins de 10 ans).

En ce qui concerne les premiers contacts avec la pornographie, ils ont lieu de plus en plus tôt, en moyenne vers 12,5 ans. 1 jeune sur 2 déclare que ce premier contact n’était pas volontaire.

Ces chiffres démontrent ainsi pourquoi il est si important de parler de sexualité et de relations amoureuses avec ses enfants bien avant la puberté.


Mieux vaut prévenir que guérir

Pour prévenir et protéger, il faut pouvoir faire preuve de discernement, mais aussi être ouvert à la discussion. Lorsqu’il s’agit de violences sexuelles, même si la parole se libère de plus en plus également via les médias, le silence, l’angoisse, les peurs et la honte règnent encore. En effet, les victimes ne s’expriment en général que longtemps après les faits et souvent sans grand soutien familial. Au sujet de la pornographie, seuls 4% des jeunes parlent de cette expérience avec leurs parents ou autres personnes de confiance.


Parler de sexualité est souvent tabou entre les enfants et leurs parents. Si un dialogue franc, honnête et bienveillant n’est pas établi dès le plus jeune âge, la communication devient difficile de part et d’autre. C’est pourquoi les jeunes se tournent généralement vers Internet ou leurs amis, qui eux-mêmes n’ont aucune information sûre ou d’expérience dans ce domaine. Il se peut donc que des informations erronées soient transmises et qu’elles ne soient pas conforme à l’image de la sexualité que vous souhaitez transmettre à vos enfants. De plus, plusieurs études montrent que les jeunes aimeraient être informés par leurs parents en matière de sexualité.


Les parents ne sont pas seulement les premiers éducateurs, ils sont aussi des modèles pour leurs enfants et contribuent à la construction d’une vision du monde et de la vie. La confiance, les liens affectifs, la transmission de valeurs, l’enseignement des comportements et règles de vie en société sont autant d’apprentissages nécessaires pour devenir des adultes autonomes et responsables, mais aussi épanouis.


La sexualité, ça s’apprend

La sexualité n’est pas innée, mais développementale. En d’autres termes, la sexualité est le fruit d’un ensemble d’apprentissages. Comme dans tous les domaines d’apprentissage, que ce soit la motricité, le langage ou les relations sociales, les enfants ont besoin d’acquérir bien sûr des connaissances, mais aussi de développer des compétences en faisant des expériences. Grâce à leur corps, leurs sentiments et la construction de relations sociales, les enfants apprennent à acquérir des compétences de vie essentielles. Ils/elles développent ainsi des comportements et un système de valeurs positives dont ils/elles ont besoin pour déterminer et apprécier leur sexualité sur le plan physique, émotionnel, individuel et relationnel.


La sexualité est dynamique et nous accompagne tout au long de notre vie. Cette ressource importante pour notre santé physique et psychique demande à être découverte, apprise, vécue, au possible enrichie d'expériences épanouissantes, consenties et responsables. Comme elle évolue au fil du temps, elle nécessite des adaptations, et donc de nouveaux apprentissages pour développer de nouvelles compétences pour s’épanouir dans sa sexualité et son couple.


C’est pourquoi le rôle du parent évolue aussi à mesure que les enfants grandissent. Parler de sexualité, de sensualité et d’amour avec son enfant, tout en respectant son âge et sa maturité, permet de construire une relation de confiance durable qui sera particulièrement propice pour passer le cap de la puberté et la phase de l’adolescence.


La sexualité infantile souvent méconnue des parents

Lorsqu'on évoque la sexualité, beaucoup de parents pensent immédiatement à la stimulation des organes génitaux ou à un acte sexuel, c’est-à-dire à une sexualité d’adultes en total contradiction avec la perception d’innocence qu’ils ont de leurs enfants. Hors, la sexualité, c’est bien plus que ça, et la sexualité infantile c’est tout autre chose !


La sexualité infantile s'exprime de manière très différente selon l’âge et la phase de développement de l’enfant. Ce n’est qu’à la puberté qu’elle se rapproche peu à peu de la sexualité des adultes et continuera à évoluer tout au long de la vie. La sexualité infantile est inconsciente, instinctive et n’est pas orientées vers la recherche du plaisir comme chez l'adulte, mais vers la sensation de bien-être.


Dès la naissance, le nouveau-né apprécie la chaleur corporelle, les caresses et l’attention des personnes qui s'occupent de lui/elle, ainsi il/elle se sent accepté.e, protégé.e et aimé.e. Lorsque la motricité de l'enfant se développe, il/elle commence non seulement à explorer son environnement, mais aussi son propre corps. Vers deux ans, la sexualité de l’enfant change et devient plus consciente. Dans sa soif de découverte, l’enfant veut observer, explorer, expérimenter pour en savoir plus sur son propre corps et celui des autres. Grâce à l’acquisition du langage, c’est entre 2 et 3 ans que l’enfant pose naturellement les premières questions à ses parents sur les différences entre les sexes et sur leur création. Ce sont les fameuses questions : « Maman, comment je suis rentré.e dans ton ventre ? », « Papa, comment on fait les bébés ? » ou encore « je viens d’où ? ». C'est donc le moment idéal pour commencer à parler de sexualité à son enfant.


En abordant avec vos enfants les différents aspects de la sexualité dans un langage adapté à chaque âge et en les laissant s’explorer et expérimenter, vous ne leur transmettez non seulement des connaissances, mais vous aidez aussi votre enfant à développer des compétences pour être en lien avec lui/elle-même, l’autre et les autres.


Comment accompagner son enfant dans son développement sexuel ?

Parler de sexualité à ses enfants est encore un défi pour beaucoup de parents. Comment en parler ? Quels mots choisir ? Quels thèmes aborder ? Nos propres peurs, craintes ou encore notre manque de connaissances sont souvent des freins pour aborder le sujet de la sexualité avec assurance. Il n’y a pas une, mais plusieurs façons pour s’en libérer, et le mieux est de créer sa propre approche de la sexualité, c’est-à-dire celle qui vous convient le mieux. Voici quelques conseils :


  • Invitez votre enfant à être à l’écoute de son propre corps, à être connecté.e à ses émotions, ses besoins et ses désirs. Aidez-le/la à développer sa propre estime, la confiance en lui/elle et à être fier.ère de son corps. Faites-lui prendre conscience qu’il/elle est un être aimé.e pour son unicité et son authenticité. Soulignez ses forces et ses limites. Eveillez en lui/elle le respect et l’acceptation des autres. En donnant la possibilité à votre enfant de mieux se comprendre, il/elle apprendra non seulement à s'apprécier, à s'aimer, à délimiter sa sphère intime mais aussi à avoir une pensée critique sur la norme, les stéréotypes et à se faire une représentation positive de la rencontre des corps, de la relation de couple, de l’intimité et de la sexualité. Il/elle pourra choisir sa sexualité en toute connaissance de cause, sans discrimination, ni contrainte. En faisant ses propres choix, de façon responsable et autonome, il/elle pourra non seulement vivre une sexualité et une vie affective épanouie, mais aussi respectueuse de l’intégrité des autres.


  • Développez votre propre langage, soyez authentique, partagez votre malaise à aborder ce sujet mais surtout montrer votre intérêt à accompagner votre enfant dans chaque phase. En parler ouvertement aide à démystifier la sexualité, à rectifier les informations erronées et à transmettre vos valeurs sur les relations affectives afin que votre enfant puisse développer sa propre sexualié et des relations saines avec soi et les autres. C’est aussi une très belle opportunités pour vous en tant que parents de dompter vos propres peurs, de mieux vous connaître en vous posant des questions sur votre propre approche de la sexualité et des relations amoureuses et donc à remettre en question votre propre système de valeurs à travers cet échange.


  • Laissez trainer des livres chez vous en fonction de l'âge de vos enfants et laissez votre enfant les découvrir par lui/elle-même. Dans ce contexte, Il/elle posera de lui/elle-même des questions puisque vous aurez un support pour discuter. Si vous êtes à l'aise, votre enfant le sera également.


En soignant cette communication et cette relation privilégiée avec votre enfant, celui/celle-ci n’hésitera pas à venir discuter avec vous des questions, problèmes et épreuves propres à l’adolescence comme le premier baiser, la première relation sexuelle, l’amour, mais aussi la pornographie, l’usage des drogues et de l’alcool, le mal-être, etc.


Le consentement, c’est quoi ?

On parle beaucoup de consentement en matière de sexualité, mais ce concept devrait aussi être appliqué à chaque interaction avec les autres. Consentir, c’est comprendre ce qu’on vous propose. C’est évaluer si cette proposition est en accord avec vos valeurs, vos besoins, vos attentes et les normes juridiques, ceci afin d’être conscient des conséquences ou des options possibles. C’est aussi communiquer ses doutes ou son incompréhension afin éventuellement de rediscuter cette proposition. C’est encore s’assurer que les accords seront respectés et enfin prendre une décision, c’est-à-dire dire oui ou non en pleine conscience. C’est aussi reconnaitre ses propres limites et aussi celles des autres. Le consentement requiert donc des compétences intellectuelles, intrapersonnelles et psychosociales qu’une personne doit développer au fil de sa vie pour vivre heureux.


Parler de sexualité à ses enfants, c’est les protéger et construire un monde meilleur !

L’éducation sexuelle est un droit de l’enfant. Elle est non seulement primordiale dans la construction de son identité, de sa vie personnelle, sentimentale et relationnelle mais c’est aussi une base fondamentale de la santé sexuelle. L’éducation à la sexualité et à la santé sexuelle est en effet la meilleure des préventions. Plusieurs études démontrent en effet que plus les parents parlent de sexualité avec leurs enfants, plus ces derniers.ères prennent soin de leur santé sexuelle en grandissant. En réalité, ils/elles ont un comportement beaucoup plus responsable, autonome et respectueux dans leur rapport à la sexualité et aux relations amoureuses. C’est-à-dire qu’ils/elles ont moins de IST, de grossesses précoces non désirées, des premières expériences et relations sexuelles consenties (et aussi plus tardives). En outre, ils/elles subissent ou initient moins d’agressions sexuelles que les enfants n’ayant pas reçu d’éducation sexuelle et affective.


Vos enfants sont les futurs parents de demain. S’ils/elles mènent une vie sexuellement et émotionnellement épanouie, non seulement j’espère ne pas les voir en consultation, mais ils sauront d’autant mieux accompagner leurs enfants dans leur développement avec beaucoup plus de calme et de sérénité.


Vous hésitez encore ? Je vous invite volontiers à venir me voir dans mon cabinet lors de ma journée littéraire. Nous trouverons certainement un livre ou une brochure appropriée dont vous pourrez vous inspirer. Il devrait ensuite vous être plus facile de répondre aux nombreuses questions de votre enfant en fonction de son âge.


Pour celles et ceux qui souhaitent un soutien supplémentaire sur l’éducation sexuelle ou d’autres thèmes sur la sexualité et les relations amoureuses, ils/elles peuvent s’inscrire à ma newsletter afin de se tenir informé.e.s des prochaines dates de mes ateliers.

[1] Source: lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes de 2021 #journeelitteraire #parentalitesexopositive #educationsexopositive #educationsexuelle #santesexuelle #santeaffective #famillesexopositive #parentalité #autodetermination #consentement #droitssexuels #prevention #STI #grossesseprecoce #grossessenondesiree #abussexuels #developpementpsychosexuel #sexualiteinfantile #letstalkaboutsex #parlonsen #lustkreis



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